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 Haiti-Refondation.org

HAITI: INCERTITUDES - 7 FÉVRIER, ET APRÈS ?

7 Février 2016, 02:45am

Publié par haiti-refondation-org

 Michel Martelly  ( Photo: Hector Retamal )

Michel Martelly ( Photo: Hector Retamal )

Qu’arrivera-t-il à Haïti dimanche?

par Amélie Baron

Haïti risque de sombrer une nouvelle fois dans un vide de pouvoir samedi soir si les responsables politiques ne parviennent pas à s’entendre après le report sine die du second tour de la présidentielle.

La Constitution prévoit le départ de Michel Martelly de son poste de chef de l’État le 7 février, mais, son successeur n’ayant pas pu être élu, le pouvoir présidentiel sera de facto vacant à compter de ce dimanche matin. Annulé en raison des violences qui ont émaillé la semaine précédant le vote du 24 janvier, le second tour de la présidentielle n’a aussi pas pu se tenir à cause des contestations de l’opposition.

Le fiasco d’une élection à candidat unique évité, Haïti reste néanmoins en proie à une crise politique majeure, car la constitution du pays ne prévoit pas ce cas de figure. « La Constitution ne prévoit rien pour un intérim où il n’y aurait plus de président et pas de successeur après la date du 7 février. C’est le vide constitutionnel », explique Georges Michel, historien et constitutionnaliste.

Pas de consensus

Sans boussole légale, une solution politique doit être tirée des négociations en cours entre le pouvoir exécutif, le Parlement, les partis et la société civile, mais chacun suggère son scénario de sortie de crise sans, pour l’heure, parvenir à un consensus.

« La Constitution a prévu qu’en cas de vacance de la présidence au cours de la quatrième année de mandat, c’est l’Assemblée nationale qui élit un président, explique Jocelerme Privert, le président du Sénat. Dans ce cas précis, le vide arrive à la fin du mandat, mais c’est l’Assemblée nationale qui doit trouver un moyen de combler le vide, selon l’esprit de la constitution. »

S’inspirer de la « loi mère », en fonction de leurs intérêts, plutôt que l’appliquer à la lettre est une habitude des responsables politiques du pays. Le proverbe haïtien « la Constitution est en papier, les baïonnettes sont en acier » garde encore son sens, 30 après la fin de la dictature des Duvalier.

Prolongation ?

Prolonger le mandat de Michel Martelly au-delà du 7 février est par ailleurs un scénario porté par certains partisans de l’actuel président qui reste encore lui-même ambigu sur son départ effectif du pouvoir dimanche.

« La Constitution demande au président d’assurer la continuité de l’État et de garantir la bonne marche des institutions. Ce n’est pas un choix, mais un devoir que j’ai. Je ne pourrai pas partir le 7 février en laissant le pays dans l’incertitude », a déclaré Michel Martelly la semaine dernière lors de l’inauguration de bâtiments publics à Cité soleil.

Ce maintien au pouvoir est plébiscité par les sympathisants du parti PHTK (Parti haïtien tet kalé) qui ont manifesté lundi et mardi dans la capitale. « Le président ne doit partir et laisser le chaos, défend Cheney Robéus, il doit rester jusqu’au 14 mai. »

Les pro-gouvernementaux justifient leur position en rappelant que Michel Martelly a débuté son mandat le 14 mai 2011 et qu’il achèverait donc cinq pleines années au pouvoir dans trois mois.

Le défi institutionnel

Qu’une équipe intérimaire soit nommée ou que l’actuel président reste en poste, le défi pour Haïti passe par l’organisation rapide d’élections et la tâche est immense. Le conseil électoral provisoire doit être recomposé à la suite des démissions successives de six de ses neuf membres, dont son président. Or il avait fallu plus de deux ans à la classe politique pour s’entendre sur la formation de cette administration en charge de l’organisation des scrutins.

L’argent est l’autre handicap à la tenue prochaine d’élections : le processus électoral, encore inachevé, a déjà coûté100 millions de dollars, majoritairement financés par la communauté internationale.

La perspective d’un vide du pouvoir sur le long terme est une nouvelle difficulté pour la faible économie du pays le plus pauvre de la Caraïbe. En refroidissant les intentions de potentiels investisseurs, cette instabilité politique aggrave encore l’inflation qui pénalise en premier ordre les 60 % d’Haïtiens vivant sous le seuil de pauvreté.

Amélie Baron

Agence France-Presse à Port-au-Prince

 

Martelly quitte le pouvoir en Haïti comme il est arrivé : dans l'incertitude

En mai 2011, Michel Martelly a pris le pouvoir en Haïti en promettant de reconstruire le pays après une élection déchirante qui avait attisé le cynisme des citoyens. Il doit maintenant quitter le pouvoir, dimanche, après un mandat de cinq ans et sa courte liste de réalisations risque d'être assombrie par une autre crise politique.

Il y a cinq ans, à sa cérémonie d'assermentation, le chanteur devenu politicien avait encouragé les Haïtiens à mettre de côté leurs différences. Or, ses propres relations orageuses avec le Parlement ont mené à une impasse politique.

Plusieurs Haïtiens croient que M. Martelly a gâché une occasion en or d'améliorer les conditions du pays pauvre alors que l'aide internationale affluait au lendemain du tremblement de terre dévastateur de 2010 qui avait ravagé la capitale et ses environs. La catastrophe avait tué environ 300 000 personnes.

« Il a dit qu'il aiderait la population et j'espérais que c'était vrai. Mais nous avons encore des difficultés, comme toujours. » — Nadine Suzie, vendeuse de rue

Des espoirs déçus

Certaines personnes qui ont travaillé de près avec le président sortant décrivent M. Martelly comme un homme charismatique, mais doté d'un leadership défaillant, qui aurait sapé sa présidence en s'entourant de ses anciens camarades du milieu de la musique.

« Ça me fait mal de dire ça parce que je l'aime toujours en tant que personne, mais les années Martelly, c'était un gros zéro. Il y avait des gens autour de lui qui étaient très corrompus et l'argent a fini par disparaître », a soutenu Georges Sassine, un homme influent qui avait été nommé pour surveiller les parcs industriels du pays avant de se faire brutalement congédier, en 2013.

L'ancien premier ministre de M. Martelly, Laurent Lamothe, qui avait été forcé de remettre sa démission en 2014 après deux ans et demi au pouvoir, se distancie du président. Haïti a réussi à faire des gains importants lorsque leur partenariat fonctionnait, selon lui, mais les conflits des dernières années ont tout fait dérouter.

M. Lamothe a dit à l'Associated Press que les batailles incessantes entre le président et le Parlement « ont ramené Haïti dans ses vieux jours d'impasse et de politiques égoïstes qui ont détruit l'économie et tout progrès accompli ».

Le dysfonctionnement des institutions politiques s'est aggravé l'année dernière lorsque le mandat de tous les représentants de la chambre basse et du tiers des sénateurs est venu à échéance. En l'absence d'élections, M. Martelly a dû gouverner par décret.

Pas de successeur officiel... pour l'instant

Michel Martelly a été porté au pouvoir dans la controverse, alors que des allégations de fraude électorale planaient. C'est finalement les pressions de la communauté internationale qui lui ont assuré une participation au deuxième tour de scrutin.

M. Martelly, qui a refusé d'accorder une entrevue pour cet article, a encore toujours plusieurs admirateurs au pays.

« C'est le premier gouvernement que j'ai vu dans ma vie qui a travaillé pour construire des infrastructures de base. Ça vaut quelque chose, non? »

Pierre Richardson Olson, étudiant

Les Haïtiens ne s'entendent pas sur l'héritage que laissera Michel Martelly. Ses plus ardents admirateurs disent qu'il aura été le meilleur président, alors que ses détracteurs le traitent de dictateur qui s'est enrichi illégalement.

Kenneth Merten, coordonnateur spécial du département d'État pour Haïti, a indiqué qu'il était facile de perdre de vue les réalisations de M. Martelly alors que le pays est actuellement dans le chaos.

« Nous aurions espéré de voir plus d'accomplissements, mais je crois qu'il est important pour les gens qui ne connaissent pas vraiment Haïti de comprendre qu'il y a eu des progrès », a-t-il souligné.

Haïti a construit des routes pavées, plus d'enfants vont à l'école, et la pauvreté extrême est moins répandue. Selon la Banque mondiale, l'économie haïtienne a enregistré ses meilleurs résultats depuis des dizaines d'années.

Mais ces progrès, aidés par l'aide internationale, sont fragiles. Les problèmes chroniques du pays, dont la pauvreté, le manque de débouchés pour la population et l'exclusion sont toujours présents.

Gouvernement provisoire

Les dirigeants haïtiens se sont entendus samedi pour établir un gouvernement provisoire et un président intérimaire en attendant le second tour de l'élection présidentielle, qui devrait se tenir le 24 avril.

Le président Michel Martelly quitte son poste dimanche en vertu de la Constitution.

Le candidat appuyé par le gouvernement Jovenel Moïse, un entrepreneur du secteur de l'agriculture encore peu connu, a terminé en tête au premier tour, du 25 octobre avec près de 33 % du vote populaire.

Son principal opposant, Jude Célestin, qui a fini deuxième, avait qualifié le premier tour de « farce ridicule » et il avait refusé de faire campagne pour le second tour.

Source : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/-michel-martelly-haiti-president-fin-mandat-bilan

 

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