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 Haiti-Refondation.org

LES AMIS DU PRÉSIDENT ET LES INCROYABLES DYSFONCTIONNEMENTS D’UN SYSTÈME JUDICIAIRE SOUS INFLUENCE ( 2ème partie ) - L'AFFAIRE CALIXTE VALENTIN

, 02:36am

Publié par haiti-refondation-org

Le cadavre d'Octanol Derrissaint gisant des heures sur la voie publique après son assassinat par Calixte Valentin

Le cadavre d'Octanol Derrissaint gisant des heures sur la voie publique après son assassinat par Calixte Valentin

Nous continuons aujourd'hui la publication des articles relatant quelques sordides affaires qui marqueront la présidence de M. Martelly . Il y en a eu plusieurs :

L'Affaire Calixte Valentin, Le Cas des Frères Lambert, de Jacques Khawly Alias Jacky, D'Edo Zenny , l'Affaire Jojo Lorquet, l'Affaire Konpè Moloskot de Son Vrai Nom Ernst Laventure, les multiples affaires Roro Nelson, Edouard, l'Affaire Evinx Daniel, l'Affaire Woodly Etheart dit Sonson La Familia et Renel Nelfort dit Renel Le Recif : Tous Relaxés ou Blanchis d'une façon ou d'une autre par la Justice. Déclarés non coupables.

L'AFFAIRE CALIXTE VALENTIN

 

L'affaire Calixte Valentin: un symptôme de mauvaise gouvernance

L’affaire Calixte Valentin illustre bien le mécanisme par lequel la mauvaise gouvernance peut générer le chaos.

Pour résumer l’histoire, Calixte Valentin, conseiller politique du président de la République, a été arrêté et emprisonné à la dénonciation des habitants de Fonds-Parisien qui l’accusent d’avoir abattu de plusieurs balles, le 18 avril 2012, Octanol Dérissaint, un commerçant de 32 ans avec qui il aurait eu une vive dispute quelques minutes plus tôt. M. Valentin a été incarcéré et le commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets d’alors, Me Mario Beauvoir, avait choisi de transférer le dossier au cabinet d’instruction pour les suites de droit. Le commissaire Beauvoir allait être mis en disponibilité par la suite par l’actuel ministre de la Justice.

Dans un communiqué publié quelques jours après le meurtre, la présidence avait présenté ses sympathies à la famille d’Octanol Dérissaint et avait décidé de suspendre M. Valentin de ses fonctions. La présidence se disait très concernée par l’implication présumée de Calixte Valentin dans cette affaire et espérait que la lumière serait faite « autour des circonstances entourant ce malheureux incident ». On attend encore cette lumière mais, entre-temps, Calixte Valentin a été libéré le mercredi 7 novembre 2012.

Les fonctions de M. Valentin à la douane de Malpasse n’étaient pas connues du grand public. Il est dit dans les coulisses qu’il devait aider à contrer la contrebande. Mais, dans un régime de bonne gouvernance, si le président de la République identifie un problème de contrebande ou tout autre type de problème à résoudre, la démarche appropriée voudrait qu’il passe des instructions au Premier ministre qui, lui, demanderait à son ministre de l’Économie et des Finances, ministre de tutelle de l’Administration générale des douanes (AGD), de proposer au Conseil des ministres un plan de lutte contre la contrebande (ou le problème identifié). Une fois ce plan approuvé, le ministre des Finances instruirait le directeur général de l’AGD en vue de son application. Ce dernier, avec l’approbation de son ministre de tutelle, prendrait toutes les mesures que l’exécution du plan impose. L’administration publique est, dit-on, hiérarchisée.

Pour superviser l’exécution du plan, les directeurs des douanes de la frontière enverraient régulièrement des rapports au directeur général de l’AGD qui en dresserait l’état d’avancement au ministre de l’Économie et des Finances aux fins de suivi avec la Primature et la présidence. Le cheminement paraît long mais la bonne gouvernance a un prix qui en vaut la peine. Pour être efficaces, tous les maillons de la chaîne doivent jouer leur participation adéquatement.

À ce chemin dicté par la logique de la bonne gouvernance, le palais national a préféré une voie détournée. Il a choisi de placer un intendant à la douane de Malpasse. Quelle est sa description de tâches ? Quelle est l’étendue de son pouvoir ? Quelle relation entretient-il avec le directeur de la douane de Malpasse ? Avec le directeur général de l’AGD ? Y a-t-il un Calixte Valentin dans chaque bureaux de douane à la frontière ?

Des procédures ignorées

Il semble que toute la démarche administrative a été court-circuitée. Calixte Valentin échappait bel et bien au contrôle administratif auquel est censé être assujetti un fonctionnaire public. Il n’avait de compte à rendre qu’à la présidence. On dit dans la presse qu’il est l’ami du couple présidentiel, ce n’est donc pas un simple conseiller. On ne sait pas grand-chose de ses qualifications dans le domaine de l’administration douanière. Le poste ne lui a pas été forcément attribué au mérite. Pas question d’organigramme non plus. L’intendant traite directement avec la famille présidentielle, ses amis.

Pareille approche ne pouvait que provoquer de la distorsion au sein de l’administration douanière. Qui, à l’intérieur de l’AGD, pouvait rappeler Calixte Valentin à l’ordre ? Comment les douaniers comprenaient-ils leur mission en sa présence ? Jean Norlex Volcy, président du syndicat des chauffeurs haïtiano-dominicains, avait d’ailleurs affirmé que M. Valentin faisait ombrage au responsable de la douane. Et qu’il gardait même les clefs des barrières, insultait à son goût les chauffeurs. Le contraste est flagrant avec les fonctions d’un conseiller politique d’un président.

Il devenait un agent parallèle qui disposait d’un énorme pouvoir discrétionnaire qui ne pouvait déboucher que sur des dérives. La plus prévisible de ces dérives est la corruption. Il pouvait accorder des facilités à n’importe quelle personne de son choix, d’où la forte probabilité de monayer son service. Bienvenue au monde de la corruption ! D’autant plus qu’il n’était sujet à aucune sanction administrative, étant hors du circuit administratif. Au cas où il succombait à la tentation de la corruption, les importateurs passeraient la facture supplémentaire qui en découle aux consommateurs. Voilà un des mécanismes par lesquels la mauvaise gouvernance conduit à la cherté de la vie. Au Québec par exemple, la corruption des fonctionnaires dans le domaine de la construction conduit à une surfacturation d’au moins 30 % des contrats publics. Ce qui a engendré une «surtaxation» des contribuables qui disposent alors de moins de revenus. Bonjour la paupérisation !

Quant à l’insécurité physique, Calixte Valentin en a fait preuve lui-même. Car sa présence est associée à un litige qui a débouché sur la mort d’un homme. Cette insécurité physique tend à devenir sociale, politique et psychologique, puisque la suite du dossier laisse dans l’opinion publique des séquelles d’un traitement judiciaire partial. Le simple citoyen est enclin à penser que la justice ne sévit pas contre les proches du pouvoir. Ce qui a tendance à amplifier les tensions sociales, comme le démontrent les protestations des étudiants à la suite de l’assassinat d’un des leurs.

L’affaire Calixte Valentin a prouvé que la mauvaise gouvernance et le non-respect des procédures institutionnelles ne profitent pas au pays.

L’insécurité sociale, politique et psychologique qui en découle nuit énormément à l’image et à la crédibilité du pouvoir en place, la présidence se retrouve être associée à des gens de moralité douteuse. Si les procédures administratives et l’organigramme de la fonction publique étaient respectés, il serait difficile de faire le rapprochement entre la présidence et les agissements de Calixte Valentin. Il faudrait d’abord passer par le directeur de la douane de Malpasse, le directeur général de l’AGD, le ministre de l’Économie et des Finances et la Primature. La présidence est une institution tellement noble que les procédures ont tout prévu pour la préserver de tout soupçon. Elles considèrent le président comme un mineur, non responsable de deniers publics, de façon à lui éviter toute égratignure. Mais cela, c’est dans un monde où la présidence respecterait les normes et les règles établies.

En ce sens, Calixte Valentin n’est qu’une des victimes de la mauvaise gouvernance. Il se trouvait dans une position à exécuter des tâches qu’il n’aurait pas eu à réaliser en contexte de bonne gouvernance. Il pouvait bien être chargé du dossier de la douane au palais national et n’effectuer que des visites de supervision dans les douanes de la frontière quand il le jugerait nécessaire. La mauvaise gouvernance ne profite donc pas à la société haïtienne, particulièrement aux plus pauvres, qui paient les pots cassés, à travers la vie chère et la pauvreté grandissante, comme l’indique le message de la Conférence épiscopale.

Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr

Source : www.lenouvelliste.com

 

 

Calixte Valentin recouvre sa liberté sans être jugé après six mois d'incarcération

 

LES AMIS DU PRÉSIDENT ET LES INCROYABLES DYSFONCTIONNEMENTS D’UN SYSTÈME JUDICIAIRE SOUS INFLUENCE ( 2ème partie ) -  L'AFFAIRE CALIXTE VALENTIN

Le conseiller du chef de l'Etat, Calixte Valentin, a été remis en liberté le mercredi 7 novembre 2012 après 6 mois d'incarcération dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat d'un commerçant à Fonds Parisien. Ecroué au commissariat de Carrefour, M. Valentin a bénéficié d'une mesure de main levée d'écrou du juge instructeur Paul Fernaud Jude.
Il s'agissait du second juge instructeur en charge du dossier. Le premier juge instructeur, Etzer Aristide, avait dans son ordonnance réclamé le jugement de M. Valentin par devant le tribunal correctionnel. L'ordonnance avait été renvoyée au cabinet du juge instructeur par le Parquet.
M. Valentin avait été accusé d'être l'auteur de l'assassinat d'Octanol Derrissaint le 18 avril 2012 à Fonds Parisien. A plusieurs reprises, M. Valentin avait nié toute implication dans l'assassinat du commerçant.

De son coté, la directrice de Programme du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), Marie Yolene Gilles, critique la libération de M. Valentin sans une comparution par devant le tribunal compétent. Qualifiant cette libération de scandale, Mme Gilles accuse les autorités d'avoir réalisé des tractations en vue d'empêcher un procès.
Le RNDDH estime que cette remise en liberté prouve que les acteurs du système judiciaire ne respectent pas le droit à la vie. De plus elle souligne que les autorités gouvernementales n'ont pas la volonté politique réelle de mettre un terme à l'impunité et d'instaurer un état de droit.


Que cesse l’impunité!