Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
 Haiti-Refondation.org

POUTINE EST-IL DEVENU UN DANGER POUR LA PAIX DANS LE MONDE ?

5 Juin 2015, 05:56am

Publié par haiti-refondation-org

POUTINE EST-IL DEVENU UN DANGER POUR LA PAIX DANS LE MONDE ?

Publié par Haiti-Refondation-Org

par Alexandre Melnik *

* Professeur de géopolitique à l'ICN Business School Nancy – Metz

Après l'assaut de Kiev contre des séparatistes à Sloviansk, les militaires russes entament des manœuvre à la frontière avec l'Ukraine. Une montée des tensions qui selon Alexandre Melnik, professeur de géopolitique, est le résultat du jusqu'au boutisme de Vladimir Poutine.

Tout semble actuellement réussir au maître du Kremlin. Il annexe la Crimée sans coup férir, grignote le reste de l'Ukraine, impose sa position à Genève aux Occidentaux et atteint les sommets de la popularité chez les Russes, qui, en proie à une extase nationaliste, applaudissent à ses conquêtes, comme si c'était une prolongation des JO de Sotchi. Il fonce comme un TGV, devenu «unstoppable», sans aucune limite de vitesse, et sans plus s'arrêter dans les gares, au grand dam des passagers, médusés, ayant pourtant acheté leur billets. Je pense que même ses thuriféraires occidentaux les plus zélés sont, eux aussi, dépassés par la férocité et le jusqu'au-boutisme qu'il étale sans complexes.

Poutine est aussi - et surtout ! - un fils spirituel du communisme, dans la filiation de Lénine Staline Brejnev Andropov. Un enfant de ce système, criminel, qui n'a jamais été jugé par l'Histoire.

En fait, le président russe se croit tout permis, guidé par une vague intuition morale et historico-émotionnelle, une sorte de nouvelle «pravda» (la vérité suprême d'origine quasi divine), qui érige la Russie en sainte sauveuse de l'Occident dévoyé. Ainsi, il est l'incarnation même du nihilisme juridique, inhérent aux siècles d'histoire de son pays qui traite la loi comme un chiffon de papier.

Mais il est aussi - et surtout! - un fils spirituel du communisme, dans la filiation de Lénine - Staline - Brejnev - Andropov. Un enfant de ce système, criminel, qui n'a jamais été jugé par l'Histoire. L'horloge mentale du président russe est restée coincée aux années soixante-dix, à un moment où il a reçu sa formation d'un agent du KGB, qui ne pouvait, à l'époque, percevoir le monde autrement qu'à travers le prisme de la guerre froide. A savoir, une confrontation sans merci entre «nous», les Soviétiques, porteurs du Bien, et «eux», les Occidentaux (Les Etats-Unis avec leurs «vassaux» européens), l'emblème du Mal. Et ce, sur fond de complot, de permanentes manœuvres en coulisses, de travail de sape au quotidien. Avec, comme seule force motrice, la haine de son alter ego, alimentée par le mensonge et l'ignorance réciproques, qui se reflétaient, dans son esprit, comme dans un jeu de miroir.

Qui peut lui expliquer que, depuis cette période, le monde a changé? Que la chute du Mur de Berlin a relégué le communisme au rang des antiquités de l'histoire? Que la dissolution de l'URSS, qu'il considère comme «la plus grande catastrophe du XXIe siècle», doit être relativisée à la lumière des deux guerres mondiales ayant assombri ce siècle, marqué également par la Shoah et le Goulag, et beaucoup d'autres tragédies? Qui peut rappeler à Poutine, qui se targue de n'avoir jamais envoyé un seul mail, l'omniprésence des réseaux sociaux qui aplatissent chaque jour davantage notre planète?

Et, enfin, pourquoi méprise-t-il tant l'Occident? Cette civilisation qui est, de toute façon, en reflux dans la globalisation en marche, faute de moyens de ses ambitions et face à l'irrésistible montée en puissance de nouveaux pôles d'excellence, en dehors de son aire culturelle?

Les valeurs de l'Occident ne seraient donc que « de l'enfumage », aux yeux de Poutine. Comme le baratin d'antan sur la « supériorité » du système communiste, à quelques années de son effondrement.

J'ose avancer un élément de réponse: nourri au biberon du cynisme qui imprégnait son pays sous Brejnev, lorsque les porte-parole soviétiques, censés combattre «l'influence maléfique du capitalisme», vouaient, en réalité, un culte à la société de consommation, d'inspiration américaine, il n'imagine même pas, aujourd'hui, que les valeurs fondatrices de l'Occident (liberté individuelle, dignité humaine, prédominance de la loi, démocratie, société civile, indépendance de la presse, etc.) peuvent être autre chose qu'une supercherie sémantique qui camoufle l'appât du gain. Ces valeurs-là ne seraient donc que «de l'enfumage», aux yeux de Poutine. Comme le baratin d'antan sur la «supériorité» du système communiste, à quelques années de son effondrement.

Malheureusement, l'actualité est ponctuée d'épisodes qui le renforcent dans cette aberration: l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder est devenu un salarié de «son» Gazprom ; Tony Blair vend très cher ses conseils au régime autoritaire du Kazakhstan. Sans même évoquer Gérard Depardieu qui, selon la profonde conviction de Poutine, masque, derrière les incantations sur son amour de la culture russe, la triviale intention de ne pas payer d'impôts dans son pays gouverné par les socialistes.

Il est vrai que les contre-exemples, qui prouveraient le rôle fondamental des valeurs dans le fonctionnement du modèle occidental, sont, hélas, trop rares, à l'heure où nous sommes. Mais doit-on en déduire que ce regrettable oubli occidental de ses propres racines, qu'on observe actuellement, balaie tout son glorieux parcours civilisationnel, en le réduisant au mercantilisme à tout prix et à l'hypocrisie mesquine? Devons-nous accepter le fait que l'Occident, confronté aujourd'hui à une profonde crise identitaire, fournisse un alibi à un ancien lieutenant-colonel du KGB, revanchard, qui se déchaîne dans la reconquête de «sa» vérité, atavique et contre-productive, à long terme, pour son pays?

Car, étant un bon tacticien - calculateur, qui triomphe à court terme en profitant de la faiblesse morale de l'Occident, Poutine commet une faute historique, lourde de conséquences pour l'avenir de la Russie. Un avenir qui ne passera, en aucun cas, par un repli sur soi au nom du nationalisme exacerbé d'un autre âge, mais par une ouverture assumée sur le monde plat, interconnecté et interdépendant du XXIe siècle. Vu sous cet angle, le soutien de la démocratie en Ukraine n'est pas un blasphème perpétré par les «ennemis de la Russie», mais un nouvel horizon stimulant pour la Russie elle-même, pour ses futures élites, dotées d'une perspective globale.

Le plus extraordinaire, et le plus triste, dans ce contexte : il a détruit le rêve d'Occident, nourri par la Russie depuis son origine.

Un président tout-puissant - prisonnier de son passé, qui veut reconstituer, au prix d'un isolement de son pays, l'empire russo-soviétique sur la base ethnique («là où il y a des Russes, il y aura la Russie», dit Alexandre Douguine, le principal idéologue de cette URSS-bis): quel déni de réalité! Et quel gâchis pour la Russie, ce formidable pays, à vocation européenne, qui rate, une fois de plus, sa chance historique de bâtir une société moderne, prospère, libre, au diapason des attentes de ses jeunes générations, avides de réussir leur vie.

Un rêve qui, depuis la christianisation de la Russie kiévienne au Xe siècle, constitue une composante de son identité et la boussole de son intelligentsia. Sortir la Russie de l'espace civilisationnel occidental, en un laps de temps relativement court, - quelle «prouesse»: ni le long joug tataro-mongol, ni le tsarisme le plus rétrograde, ni aucun secrétaire du Parti communiste ne l'avaient jamais auparavant «réussi»!

Enfin, sa faute historique dépasse les frontières de son pays. Sortons des réticences de la realpolik. Et n'ayons pas peur de le dire: Poutine est devenu un danger pour la paix dans le monde. C'est lui, et lui seul, qui porte, en dernier ressort, la responsabilité d'une escalade à impact destructeur, à l'échelle globale.

Source : http://www.lefigaro.fr/vox

Commenter cet article