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 Haiti-Refondation.org

Les contraintes incontournables de la bonne gouvernance

12 Juin 2013, 08:59am

Publié par haiti-refondation-org

Les contraintes incontournables de la bonne gouvernance


Gages de bons résultats

Les déconvenues du premier ministre et de son équipe le 4 juin dernier au parlement continuent de faire des vagues dans l’opinion. Même les plus conformistes se sont finalement résignés à admettre que les choses ne tournaient pas aussi rond qu’on le prétendait. Il y a en effet beaucoup de feux d’artifice dans l’air. Et, pour peu qu’on n’y prenne garde, on risque effectivement de se fourvoyer et même de se leurrer sur la vraie réalité des choses.

C’est le cas par exemple pour nombre de citoyens bien intentionnés, en Haïti comme en diaspora, qui se sont tout bonnement fait à l’idée que les choses avaient finalement pris une allure décisive et que, pour une fois, une équipe gouvernementale, voulait bien atteindre des résultats concrets, en sortant du cycle infernal des promesses creuses.

Est-ce à dire que, en raison du cinglant échec essuyé par le gouvernement au parlement son bilan est absolument nul et qu’en définitive tout ce qu’on avançait n’était que de la poudre aux yeux ? Bien sûr que non. Ce qui est certain, c’est qu’il est beaucoup moins colossal qu’on ne le présentait. La propagande officielle, en lieu et place d’une communication publique objective et responsable, n’a donc pas atteint ses propres objectifs. Du moins, les sénateurs n’ont pas été atteints par les fumantes vagues de cette propagande au niveau des médias d’Etat et ailleurs, dans une certaine presse privée.

La convocation du 4 juin au parlement n’a pas uniquement concerné l’ampleur réelle du bilan. Elle a permis également de saisir et surtout de s’interroger sur les modalités irrégulières de la gestion des fonds au regard des normes de comptabilité publique. Car, en matière de gouvernance, il ne s’agit pas uniquement de faire. Il s’agit surtout de bien faire. Bien faire dans le domaine implique, entre autres :

 le respect des normes de passation de marchés publics ;

 l’affectation scrupuleuse des fonds aux domaines ayant justifié leur déblocage. Par exemple : des fonds d’urgence doivent être utilisés pour faire effectivement face à des urgences. La construction d’aéroports et de stades n’entre naturellement pas dans le domaine des urgences ;

 l’exécution des dépenses en conformité avec les prévisions budgétaires, pour éviter toute forme de détournement ;

 la justification rapide et convaincante de toutes éventuelles dépenses extrabudgétaires ;

 l’exécution de dépenses proportionnellement aux ressources disponibles et dans des domaines correspondant aux besoins et à des objectifs rationnels ;

 l’élaboration et la publication de rapports dans les délais requis, pour garantir le principe sacro-saint de la reddition de comptes.

En dehors d’un tel cadre, la voie est ouverte à la corruption et à la dilapidation. Beaucoup d’initiatives peuvent être en route. Mais, la manière dont elles sont exécutées peut donner lieu à beaucoup de « gagòt », comme on se plait à le dire.

Le volontarisme dont fait montre le gouvernement en projetant l’image de vouloir entreprendre beaucoup de choses à la fois ne débouchera sur rien de véritablement concret s’il persiste à ne pas montrer patte blanche en ce qui concerne l’application des règles de bonne gouvernance. Il importe donc qu’il fasse preuve d’une volonté ferme d’agir avec méthode et rigueur, dans le cadre de la loi.

La question que se posent certains en nous entendant réfléchir de la sorte, est de savoir si l’équipe au pouvoir peut bien s’astreindre à pareille discipline ? Des objectifs de gestion, tels que nous le définissons, peuvent-ils être atteints par une équipe comprenant nombre d’affairistes et de « brasseurs » notoires ? Les règles ne constituent-elles pas pour eux une contrainte majeure ? Et quand on vient leur parler de bonne gouvernance, n’est-ce pas perdre son temps à cogner à un mur ?

Il ne serait pas de bon ton d’affirmer que jamais ils ne parviendront à mettre en application les règles de bonne gouvernance. Mais, si l’’allure actuelle est maintenue, s’íl n’y a pas de véritable coup de barre dans une autre direction, il y a fort à croire qu’au bout du rouleau le pari ne sera pas tenu.

Il y aurait certains, dans le secteur des affaires, à croire que de tels rappels au gouvernement constituent une manière de ne pas reconnaitre ses réalisations et de lui créer des ennuis. Pour eux, tout va bien alors que certains médias jouent au trouble fête. A la limite, ils seraient prêts à contribuer à leur extinction ou même à assister à leur démantèlement par sabotage ou par la « répression fiscale ». Car, il s’agit bien de cela aujourd’hui à voir la façon dont la DGI traite des médias qui, somme toute, comme des membres du secteur des affaires, font de leur mieux pour se conformer aux exigences du fisc, trois ans après les conséquences du séisme de 2010. Dans d’autres pays, on aurait assisté à une approche différente concernant les entreprises en difficulté, afin de les aider à remonter la pente. Il faut bien qu’il y ait des entreprises fortes et prospères pour que les recettes publiques augmentent. Il s’agit là d’une équation aussi vieille que l’Etat.

Que ces éléments à courte de vue du secteur des affaires continuent donc de croire qu’une presse critique et responsable. Qu’ils se réfèrent cependant à l’histoire récente, riche en événements, qui présente les conséquences de la mauvaise gouvernance en termes de :

 troubles politiques et sociaux,

 insécurité chronique, incluant le kidnapping ;

 faillite de l’économie, de la monnaie et des institutions ;

 mise sous tutelle du pays.

Est-ce un tel tableau, certainement préjudiciable aux investissements, qu’ils assimilent à la stabilité et au progrès ? Quels profits peuvent-ils vraiment tirer, s’ils sont de véritables hommes et femmes d’affaires et non des « brasseurs », d’un tel état de fait qui risque de perdurer si la gouvernance n’est pas différente de ce qu’elle est aujourd’hui ?

Marvel Dandin
http://www.radiokiskeya.com/

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