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 Haiti-Refondation.org

Le Sondage de BRIDES n’est pas fiable : 5 raisons

11 Août 2015, 10:31am

Publié par haiti-refondation-org

Crédit Photo/lenational.ht

Crédit Photo/lenational.ht

par Michel-Ange PANTAL, Ph. D. Professeur d'Économie, UEH, CTPEA

 et  Harry FRANÇOIS, MS Statisticien-Démographe, Agence des Consultants de la Caraïbe (ACC)

L’actualité de cette semaine est dominée par la publication d’un sondage réalisé par le Bureau de recherche en informatique et en développement économique et social (BRIDES) dont le commanditaire demeure encore inconnu du grand public. Nombreux sont les candidats et partis politiques qui dénoncent des manœuvres politiciennes visant à manipuler l’opinion publique. Le présent article identifie cinq raisons techniques qui justifient le déficit de crédibilité du sondage de BRIDES.

 

1. On ne sait pas qui BRIDES a questionné.

 

Par souci de transparence, il est obligatoire qu’un organisme producteur de statistiques précise sa population cible lors de toute activité de collecte de données. BRIDES n’a pas cru bon de le faire dans sa note méthodologique. Dans le cas qui nous concerne, les votants dans les prochaines élections en Haïti sont toutes les personnes titulaires de leur carte d’identification nationale (CIN). Quelle a été donc la population cible de BRIDES dans ce sondage?

 

2. La méthode permettant d’arriver au choix de la personne interviewée est douteuse et n’est pas expliquée.

 

BRIDES affirme avoir réalisé un tirage à deux degrés dont le premier a été la sélection des grappes de ménages ou Sections d’Énumération (SDE). Quelle méthode a été utilisée pour choisir ces grappes ou SDE? Comment les ménages ont-ils été choisis au deuxième degré au sein des grappes?

 

3. La distribution de la taille totale de l’échantillon (11 800 personnes) a été effectuée de manière arbitraire.

 

Sachant que les SDE n’ont pas tous la même densité de population, il faudrait que BRIDES, par souci de transparence méthodologique, explique pourquoi la taille totale de l’échantillon a été répartie de manière égale entre les SDE, soient 25 ménages par SDE.

 

4. La manière dont BRIDES a expliqué la précision de ses résultats est erronée.

 

Pourquoi la marge d’erreurs diffère-t-elle d’un type de candidat à un autre (présidence, sénat et chambre des députés)?

Quand on sait que la marge d’erreur est la précision du résultat que l’on veut obtenir, étant donné le seuil de confiance que l'on est prêt à accepter. Cette marge d’erreur est tributaire du «seuil de confiance» qui se définit comme étant la probabilité qu'un échantillon représente bien une population, étant donné les lois des probabilités.

Est-ce que BRIDES a choisi un échantillon pour chaque type de candidat ce qui lui a permis d’avoir une marge d’erreur pour chacun d’eux? Si oui, pourquoi?

 

5. L’extrapolation des résultats à l’ensemble d’une circonscription est non fondée.

 

La note méthodologique accompagnant les résultats du sondage de la firme BRIDES affirme ceci:

«Le sondage a été mené auprès d’un échantillon aléatoire non pondéré de 11800 personnes dispersées sur toute l’étendue du territoire national à raison de 100 personnes par circonscription électorale». Plus loin dans la description, la note indique que : «les résultats obtenus à partir de cet échantillon non pondéré, ont été par la suite extrapolés à l'ensemble de la circonscription en pondérant par le poids en terme de taille de la population de 18 ans et plus estimée au sein de chaque circonscription électorale dans la population totale».

La grande question que l’on peut se poser après avoir lu ces deux affirmations est celle-ci : comment les statisticiens de BRIDES ont-ils fait pour extrapoler les résultats à l’ensemble d’une circonscription électorale sans qu’ils aient calculé des poids à l’échantillon de départ, étant donné que la note insiste sur le fait que l’échantillon est non pondéré?

Il existe deux types d’échantillon, l’un probabiliste et l’autre non probabiliste. Tandis que le premier permet l'utilisation de méthodes d'estimation, d'inférence et d'analyse statistique qui sont toutes basées sur la théorie des probabilités et aussi de connaître et donc de contrôler les biais, le deuxième ne permet de généraliser qu'aux unités choisies. Le principal avantage de ce dernier consiste à permettre de recueillir des caractéristiques objectives des grandes unités.

Il y a en gros deux “façons” de tirer un échantillon probabiliste : le tirage aléatoire simple et le tirage aléatoire systématique. D’après la note méthodologique de BRIDES, l’échantillon est aléatoire, ce qui fait de ce dernier un probabiliste. Chaque unité dans un échantillon a une probabilité CONNUE d'être choisie. Cette probabilité ne peut pas être nulle mais elle n’est pas nécessairement égale pour toutes les unités. Il s'ensuit que chacune des unités choisies possède un poids compte tenu qu’il est calculé à partir de sa probabilité de sélection. Et c’est seulement et uniquement ce poids qui permet d’extrapoler les résultats trouvés à l’ensemble de la population cible.

 

En conclusion, l’échantillon aléatoire non pondéré que BRIDES a sélectionné dans chacune des circonscriptions électorales ne permet pas à ses statisticiens d’inférer sur l’ensemble étant donné que la probabilité de sélection des unités n’est pas connue et qu’aucun poids n'a été calculé pour les unités choisies.

 

En conséquence, les résultats de ce sondage sont donc complètement biaisés et ne sont pas fiables.

Harry François, MS

Mathématicien, Statisticien-Démographe, Agence des Consultants de la Caraïbe (ACC)

Michel-Ange Pantal, Ph. D.

Professeur d'Économie, UEH, CTPEA

 

Commenter cet article

saint fleur Donald 11/08/2015 18:07

NAP vanse avek ou jis ko bou.. paske mwen konnen ou renmen pèp la. Anpil e pèp la renmen'w tout .ese paske ou renmen pèp la kife li renmen''w

Ella 22/08/2015 03:18

Merci beaucoup