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 Haiti-Refondation.org

GRÈCE EXIT, EXIT GRÈCE : LES RISQUES GÉOPOLITIQUES D’UNE SORTIE DE LA GRÈCE DE LA ZONE EURO

6 Juillet 2015, 09:53am

Publié par haiti-refondation-org

GRÈCE - Les manifestants brûlent le drapeau de l'Union européenne

GRÈCE - Les manifestants brûlent le drapeau de l'Union européenne

LES RISQUES GÉOPOLITIQUES D’UNE SORTIE DE LA GRÈCE  DE LA ZONE EURO

Ce n’est pas par amour de Platon et Aristote que le président américain Barack Obama, dès le début de la crise grecque, s’est inquiété d’un éventuel Grexit1 (abréviation pour Grèce exit), jugé dangereux non seulement pour la stabilité financière mondiale ou la cohésion de l’Union européenne, mais aussi – surtout ? – pour la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale.

Certes, les bases américaines installées sur le sol grec du temps de la guerre froide ont été démantelées. Mais pas la plus importante : celle de Souda, en Crète, base de la VIe flotte américaine qui reste en pleine activité : située à quelques encablures des côtes de Syrie, de Jordanie, du Liban et d’Israël, les bâtiments et porte- avions américains qui peuvent s’y ravitailler sont à pied d’œuvre en cas de conflit. Lors de l’intervention en Libye visant à renverser le colonel Kadhafi, entre mars et octobre 2011, c’est de là que décollaient les F16 américains. Près de 400 marines, débarquant tout droit de Caroline du Nord, avaient alors investi le joli petit port touristique voisin de La Canée.

Pas question pour le président américain de voir ce site stratégique menacé. Or, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, l’affirme : dans son intransigeance économique, l’Europe sous-estimerait le risque de déstabilisation régionale qu’entraînerait une sortie de la Grèce de la zone euro. « Le facteur géopolitique est en effet totalement absent du débat depuis le début de la crise », estime Georges Prévélakis, auteur du livre Géopolitique de la Grèce (Editions Complexe, 2005). « Garantir une Grèce stable politiquement et performante économiquement aide à stabiliser la région et à européaniser les Balkans. Aujourd’hui, c’est la Grèce qui se balkanise », déplore ce professeur à l’université Paris-I.

Si des années 1970 aux années 1990, la Grèce s’est retrouvée dans une phase de rattrapage économique accélérée par rapport aux pays du nord de l’Europe, depuis vingt ans cependant, elle était devenue un acteur commercial important dans les Balkans, où ses banques, notamment, étaient très actives. L’évolution régionale est suivie avec inquiétude par la chancelière allemande Angela Merkel. Dans ces Etats souvent faibles, Moscou essaie d’avancer des pions en Serbie et dans la partie serbe de Bosnie-Herzégovine, tandis que les djihadistes recrutent dans les Balkans.

« L’UE affirme depuis trente ans qu’elle veut aider à créer une zone périphérique tranquille et prospère mais nous observons qu’en réalité, notre voisinage est un voisinage de misère et d’instabilité complète et, aujourd’hui, voici venu le tour de la Grèce », soutient Sia Anagnostopoulou, à la fois députée de la gauche radicale Syriza et professeur d’histoire à l’université Pandeion d’Athènes.

« Nous sommes le seul pays démocratique de culture et de principe européen dans un bassin menacé, au nord, par une montée des nationalismes dans les Balkans, au sud, par un recul démocratique des pays d’Afrique du Nord et, à l’est, par une Turquie en voie de radicalisation religieuse et un Proche-Orient à feu et à sang », explique cette universitaire.

De fait, en mai, des troubles ont éclaté en Macédoine. Cinq policiers ont été tués le 9 mai dans des combats avec un « groupe armé venu d’un pays voisin », peut être le Kosovo. S’en sont suivis plusieurs jours de manifestations contre le gouvernement.

Si la situation n’a finalement pas dégénéré, cela montre tout de même à quel point la situation reste tendue entre l’Albanie, le Kosovo, la Serbie ou laMacédoine depuis l’éclatement de la Yougoslavie. « La Grèce a été un partenaire essentiel au moment de ces crises balkaniques. Pendant la guerre du Kosovo en 1999, les forces de l’OTAN ont transité par le port de Salonique », rappelle M. Prévélakis.

Poussées migratoires

La Grèce a toujours été un lieu de passage. Les Anciens avaient à juste titre donné le nom de pontos, qui signifie passage, à la mer qui baigne les 15 000 kilomètres de côtes grecques. Une mer tachée d’îles comme une peau de léopard, disaient encore les Anciens… Des îles qu’on aborde facilement au départ de la côte turque. C’est ainsi que, depuis cinq ans, la Grèce est devenue l’une des principales portes d’entrée de migrants en Europe. Plus de 40 000 déjà sont arrivés depuis janvier sur les îles de Kos, Lesbos ou Chios.

Aujourd’hui la Grèce, parce qu’elle appartient à la zone euro et à l’Europe, reçoit un soutien logistique et financier de l’agence Frontex, pour surveiller les frontières. Elle veille notamment à repérer dans le flux de réfugiés syriens, qui fuient par millions leur pays déchiré depuis quatre ans par la guerre civile, les éventuels djihadistes de l’Etat islamique. « On accuse Tsipras de brandir comme une menace le risque djihadiste, mais il est bien réel », affirme Mme Anagnostopoulou. « Coupée de la solidarité européenne, qui n’est déjà absolument pas à la hauteur de la tâche qui repose sur nos épaules ces derniers mois, la Grèce deviendra un simple couloir de passage. Nous serons, certes, les premiers à en subir les conséquences mais le reste de l’Europe aussi sera affecté. »

« La difficile relation gréco-turque ennuie depuis longtemps nos alliés américains, mais elle ne les inquiète pas vraiment », confirme une source européenne à l’OTAN. Et si le secrétaire général de cette organisation, Jens Stoltenberg, réclame, envers et contre tout, un maintien des dépenses militaires grecques, c’est pour d’autres raisons que l’apport déterminant d’Athènes. « Les forces armées grecques sont peu déployables, mal équipées et faiblement mobilisables pour nos opérations, car essentiellement orientées contre la Turquie », indique un diplomate au siège de l’Alliance. L’affaiblissement d’Athènes isolerait considérablement Chypre face à la Turquie, qui occupe depuis 1974 le nord de l’île.

Rôle plus périphérique

Et la Chine ? Pourrait-elle tenter de profiter d’une situation chaotique en Grèce pour investir un pays européen tel un cheval de Troie ? Elle a fait de la Grèce une tête de pont de sa « nouvelle route de la soie », censée favoriser les échanges et les transports entre la Chine, l’Europe et l’Afrique. Depuis plus de six ans, le géant maritime chinois Cosco gère ainsi les principaux terminaux conteneurs du port du Pirée. Toutefois, « la Chine est davantage intéressée par la géoéconomie que par la géostratégie et, prudente, elle ne sera pas attirée par un pays en grande difficulté », indique François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris.

Une aggravation des difficultés de la Grèce avec, à la clé, un éventuel « Grexit » provoquerait-elle vraiment le séisme géostratégique annoncé par Alexis Tsipras ?

Dimitar Bechev, de l’European Institute of the London School of Economics, est convaincu que le pays en serait simplement réduit à un rôle un peu plus périphérique, au plan économique, politique et stratégique.

Konstantinos Filis, directeur de recherche à l’Institut grec de relations internationales, prévient, quand à lui, qu’utiliser l’argument géostratégique contre les partenaires européens aura d’abord un effet désastreux pour la Grèce. « Sortir de nos alliances traditionnelles avec l’Europe et les Etats-Unis pour nous tourner vers la Russie ou la Chine en croyant y trouver de nouveaux protecteurs serait une erreur majeure car ces pays ne sont intéressés que par une Grèce membre de la zone euro », diagnostique-t-il.

Sia Anagnostopoulou rejette ces accusations d’instrumentalisation de la position géopolitique de la Grèce. « Dans un environnement dévoré par les nationalismes et les extrémismes religieux, la Grèce est, et doit rester, un rempart contre la barbarie et continuer à porter le modèle de la civilisation européenne. »

(1) (GREXIT : Grèce exit)

Source : www.lemonde.fr/europe

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