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 Haiti-Refondation.org

L’ÉCHEC D’HAÏTI DANS LE DOSSIER HAÏTIANO-DOMINICAIN,

26 Juin 2015, 10:15am

Publié par haiti-refondation-org

L’ÉCHEC D’HAÏTI DANS LE DOSSIER HAÏTIANO-DOMINICAIN,

par Marvel Dandin

Si la responsabilité des gouvernements haïtiens, et de l’actuelle équipe au pouvoir, est grande dans le dossier haïtiano-dominicain, celui-ci résulte, sans conteste, de l’échec total d’Haïti. Entendez par là que les gouvernements autant que les différents autres secteurs de la société haïtienne, sont responsables d’une telle situation.

Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Le massacre de milliers de nos compatriotes par le généralissime Rafael Leonidas Trujillo en 1937 n’a pas suscité le sursaut national auquel l’on devrait s’attendre. Au contraire, la classe dominante avait opté pour le compromis honteux en acceptant de recevoir des dominicains une misérable pitance « par tête de bétail » exécutée.

Par la suite, la traite des travailleurs haïtiens s’est formalisée avec des accords successifs de « vente-liquidation » de la main-d’œuvre haïtienne. Les fameux contrats d’embauchage. On n’est pas près d’oublier ces files interminables de compatriotes venus s’inscrire pour la zafra dominicaine et le traitement qui leur était réservé par des gendarmes et la milice des Duvalier. Certes, c’était la dictature. On peut comprendre qu’après les vagues successives de répression, il n’existait plus de ressources nationales pour s’indigner et réagir contre cet état de choses. Mais, par la suite, notamment après 1986 et l’irruption du secteur dit démocratique sur la scène politique, la question des haïtiens en République dominicaine n’a jamais constitué un sujet de préoccupation majeure pour nous autres. Il y a quand même eu des luttes intenses menées par des intellectuels, par des militants des droits humains, par certains secteurs de la gauche et des militants politiques dominicains et dominicano-haitiens. Mais, la problématique n’a jamais constitué un dénominateur commun des motivations et des actions des uns et des autres.

S’il en était ainsi, les haïtiens réaliseraient la nécessité d’un compromis minimal sur des objectifs de développement économique et social offrant à la force de travail haïtienne des perspectives qui l’empêcheraient de tenter l’aventure et de s’exposer sur les mers et de l’autre côté de la frontière.

Si l’on avait pris en compte le dossier dominicain, l’on poserait de façon conséquente le problème du respect des droits des haïtiens chez eux, de sorte qu’ils ne sentent pas constamment obligés de fuir leur propre pays. Car, en définitive, si le citoyen haïtien n’est pas respecté chez lui, ce n’est pas ailleurs qu’il le sera. En fait, à ce niveau, il faut dénoncer autant le racisme dominicain que le racisme haïtien. Nos élites ne se reconnaissent pas dans cette catégorie de personne que constituent les pauvres travailleurs issus de nos campagnes dévastées et de nos bidonvilles infects. Nos élites ne se sentent pas concernées par leur quête quotidienne d’existence. Qu’ils soient décapités, violés, dépouillés, noyés en Haïti, en République dominicaine, aux Bahamas, aux Îles Turcs and Caicos, dans les eaux territoriales américaines ou ailleurs, c’est leur affaire ! Ce ne sont pas des hommes et des femmes dignes d’exister ! Qu’ils périssent et cessent d’emmerder le beau monde que nos élites représentent dans les tours organisées en territoire voisin et dans d’autres pays.

Si les haïtiens avaient tenu compte du problème haitiano-dominicain, ils seraient constamment en train de poser les problèmes de la migration en général, mais et surtout ceux de la nécessaire relance de la production nationale, du contrôle de la frontière, de la réglementation du commerce avec les voisins, des régimes fiscaux et tarifaires entre les deux pays, de la lutte contre la contrebande et de toutes sortes de trafic entre les deux pays.

Ce ne devrait pas être des sources de préoccupation sporadiques. De manière constante, ces problèmes devraient être posés et auraient dû être des thèmes de réflexion et d’action dans les écoles, à l’université, dans le monde du travail, dans les faubourgs et les bourgs, dans les bidonvilles, dans l’administration publique, partout.

Poser le problème haitiano-dominicain revient aussi et surtout à poser le problème du fonctionnement des institutions et de l’évolution de la vie politique en Haïti. L’heure a donc sonné pour le grand compromis national autour d’un pacte et d’un plan de développement portant sur des décennies. Question de mettre un terme définitif, sinon durable, aux luttes fratricides stériles pour le pouvoir, déstabilisatrices à plus d’un titre, vecteurs de crises socio-économiques récurrentes, elles-mêmes facteurs d’exodes internes massifs et de migrations incessantes.

En définitive, à regarder de près, poser le problème haitiano-dominicain revient tout court à poser le problème d’Haïti. De l’existence de notre pays. De la dignité de notre peuple. De sa fierté face aux autres nations. De notre souveraineté. Sur le plan culturel, il s’agit de la défense de notre culture et de notre identité. Nous sommes un grand peuple. Apprenons à le savoir et à surtout le vivre au quotidien. Que les dominicains se prennent pour des « indios » laissons-les à leurs « idioties ». Mais, nous, nous avons eu une histoire glorieuse dont nous devrions nous inspirer pour puiser les ressources indispensables à la construction du présent et de l’avenir.

A l’heure des élections en Haïti, l’on devrait contraindre les candidats à clairement se définir par rapport à la problématique haïtiano-dominicaine et donc, comme nous le disons, à la problématique haïtienne tout court. Car, nous ne résoudrons pas ce problème sans résoudre nos problèmes. Tous nos problèmes.

C’est bien de former un Comité mixte de solidarité nationale avec les rapatriés. Mais, ce ne devrait pas être qu’une démarche humanitaire. Ce devrait être l’occasion d’impulser une véritable politique haïtienne relative au dossier dominicain devant passer par une redéfinition totale des objectifs en matière politique, économique, sociale et culturelle en Haïti. Que tous les compartiments de la société soient interpellés et impliqués dans cette démarche et qu’elle ne soit pas momentanée, épisodique et surtout émotionnelle.

Marvel Dandin

Source : www.radiokiskeya.com/spip.php?article10474

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