Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
 Haiti-Refondation.org

DEVOIR DE MÉMOIRE - 7 FÉVRIER 1986 - 7 FÉVRIER 2014

8 Février 2014, 12:04pm

Publié par haiti-refondation-org

DEVOIR DE MÉMOIRE - 7 FÉVRIER 1986 - 7 FÉVRIER 2014

7 février 1986-7 février 2014 : 28 ans de péripéties et de combat démocratique

Haiti encore à la croisée des chemins

 

Ce 7 février 2014 ramenait le 28ème anniversaire de la chute du dictateur Jean Claude Duvalier.

Le 7 février 1986, après 14 ans de règne sans partage à titre d’héritier de son père Francois Duvalier (1957-1971), le président à vie Jean Claude Duvalier avait fui le pays au fort d’une contestation populaire et de différents autres secteurs de la société haitienne associée à de fortes pressions internationales. Avant de se résoudre à cette solution, le dictateur avait pris soin de former une junte civilo-militaire, le Conseil National de Gouvernement (CNG), dirigée par le commandant en chef d’alors de l’armée, le général Henry Namphy, qui allait tenir les rennes du pouvoir pendant deux ans.

C’est avec le slogan "changer l’Etat" que les forces populaires et progressistes de 1986 avaient mené le combat contre la dictature. Avec le retour des exilés politiques, cet objectif allait prendre forme dans le débat politique intense dans les médias, grâce à la reconquête de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en général. La population et les groupes organisés devaient également s’approprier la jouissance d’autres droits, tels que ceux de pouvoir manifester, de se réunir et de s’associer en toute liberté. La Constitution de 1987, élaborée dans le débat et la participation et largement ratifiée par référendum, devait cristalliser toutes les aspirations charriées par la mouvance populaire de revendications initíée dès le dernier trimestre de 1985, et qui allait prendre son envol avec l’assassinat par l’armée des 3 écoliers des Gonaives le 28 novembre de cette année.

En dépit de la portée hautement réformatrice de la Constitution de 1987, elle n’a jamais été pleinement appliquée et les forces liées à la dictature déchue, soutenues par un secteur de la communauté internationale, allaient résister et porter de rudes coups au mouvement démocratique. Il faut en ce sens rappeler le massacre des paysans de Jean Rabel (Nord-Ouest, juillet 1987), celui de la ruelle Vaillant, à Port-au-Prince, pour noyer dans le sang les premières élections démocratiques qui devaient se tenir alors dans le pays en novembre 1987.

Les militaires au pouvoir allaient, l’année d’après, soit le 17 janvier 1988, organiser des élections boycottées par la majorité des partis politiques et marquées par une très faible participation populaire, pour porter au pouvoir le leader du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), le professeur Leslie Francois Manigat. Ils allaient renverser ce dernier 5 mois plus tard, soit le 19 juin 1988. Revenu au pouvoir, le général Henry Namphy fut à son tour renversé le 17 septembre de la même année par un groupe de "petits soldats" qui hissèrent a sa place le général Prosper Avril.

Ce fut alors, comme pour toute la période de l’après-dictature, une nouvelle tentative de rétablir celle-ci avec la décision unilatérale du général-président de mettre en veilleuse tout un pan de la Constitution de 1987. Son régime se livra alors à des pratiques dignes de l’ancien régime et, comme conséquence, la contestation populaire et démocratique reprit du poil de la bête et contraignit le général à la démission en mars 1990. Pour la première fois une femme, la juge Ertha Pascal Trouillot, allait accéder à la première magistrature de l’Etat. Celle-ci organisation les premières élections libres de l’après Duvalier largement remportées par le jeune curé d’alors de la paroisse de St-Jean Bosco, le père Jean Bertrand Aristide.

Avant la prestation de serment de ce dernier, un "dinausore" duvaliériste, le Dr Roger Lafontant, renversa la présidente Trouillot, le 7 janvier 1991. L’armée le délogea vingt quatre heures après du Palais national et l’élu du 16 décembre 1990 put prêter serment le 7 février 1991. Sept mois après son investiture, soit le 30 septembre 1991, il fut renversé lors du plus sanglant coup d’Etat militaire de l’histoire nationale.
Ce "coup" ouvrit la voie à la seconde occupation militaire du pays par les "marines US", après leur 34 ans de présence dans le pays (1915-1934). Certes, les historiens ne manqueront pas de relever la responsabilité du président Aristide et des autorités constitutionnelles en exil dans cette occupation, en tenant compte de leur gestion du pays au moment où ils y étaient et des 3 ans du règne des militaires.

Ramené d’exil à bord d’un avion du Département d’Etat, Jean-Bertrand Aristide a suivi une trajectoire jugée par plus d’uns tout à fait différente de celle qui lui avait valu la ferveur populaire avant son renversement. Son "alter ego", René Préval lui succéda de 1996 à 2001. Il revint au pouvoir le 7 février 2001 à la faveur d’élections fortement contestées réalisées l’année précédente. Cette contestation devait être à l’origine de maints événements qui culminèrent à sa seconde chute et à son nouveau départ en exil le 29 février 2004.

Haiti devait alors encore une fois amorcer une nouvelle transition avec le tandem Boniface Alexandre/Gérard Latortue (2004-2006). La nouvelle période de crise et d’instabilité culmina avec l’organisation d’élections controversées qui portèrent René Préval au pouvoir pour la seconde fois (2006-2011). Des élections tout aussi controversées en 2010 et 2011 portèrent finalement au pouvoir le chanteur "Sweet Micky", Michel Joseph Martelly.

Avant cette élection, à la surprise générale, le dictateur Jean Claude Duvalier est revenu au pays, le 16 janvier 2011. Depuis, il est poursuivi en justice par certaines des victimes de la dictature. Le dossier est actuellement par-devant la Cour d’appel de Port-au-Prince qui tarde encore à publier sa décision finale.

Au moment de la commémoration du 28ème anniversaire de la chute de la dictature duvaliériste, le pays cherche encore obstinément sa voie. Les institutions républicaines demeurent encore très faibles, de même que les partis politiques et la société civile. Le pays est laminé par les divisions internes, l’économie demeure stagnante, la dépendance s’est accrue avec notamment la présence "interminable" de la mission onusienne de tutelle. Les échéances constitutionnelles ne sont pas respectées par un pouvoir "présidentiel" fort , fasciné par le présidentialisme dictatorial des années précédentes. Cette situation a débouché sur un "dialogue politique" sous l’égide de l’Eglise catholique qui vient juste de se terminer et dont on a de fortes raisons de douter des retombées. [jmd/RK]

http://www.radiokiskeya.com

Le réseau de l'Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) a présenté une diffusion simultanée du film "Le Règne de l'Impunité", du cinéaste et militant Arnold Antonin sur les quatorze chaines de l’ANMH le Vendredi 7 février 2014

Commenter cet article