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 Haiti-Refondation.org

DIGNITÉ ET OBJECTIVITÉ : RÉPONSE À L’HISTORIEN DOMINICAIN MANUEL NUÑEZ

13 Janvier 2014, 12:40pm

Publié par haiti-refondation-org

Robert Paret (à gauche)                                                           Manuel Núñez (à l’extrême-droite)Robert Paret (à gauche)                                                           Manuel Núñez (à l’extrême-droite)

Robert Paret (à gauche) Manuel Núñez (à l’extrême-droite)

par Robert Paret

 

Señor Manuel Núñez

Ecrivain, historien, professeur à l’université.

Monsieur,

Depuis la décision du Tribunal constitutionnel de votre pays de déchoir de la nationalité dominicaine certains de vos compatriotes d’ascendance haïtienne, j’accorde une attention particulière à l’évolution de la situation créée par cette mesure discriminatoire, tant sur le plan interne qu’externe. Aussi, je m’informe quotidiennement, à travers la presse de mon pays et des articles qui me parviennent de partout, surtout de la République dominicaine, de la réaction des principaux concernés, des dirigeants locaux ainsi que de celle des autres membres de la société civile dominicaine. Je suis également, avec assiduité, les remous provoqués par les protestations des organismes internationaux de droits de l’homme touchés de ce problème. C’est ce focus global sur le dossier qui m’a porté à lire avec minutie votre article publié dans l’un des journaux dominicains, espérant y trouver plus d’informations. Le seul renseignement supplémentaire qu'il m’ait été donné de découvrir est que vous appuyez sans réserve l’arrêt TC - 168-13. Je vous avoue que j’ai eu du mal à saisir les raisons qui justifient un tel positionnement. Venant d’un historien-enseignant, cela étonne. Car les arguties présentées n’étayent nullement une analyse rationnelle et judicieuse du texte de l’arrêt qui pourrait convaincre vos lecteurs - du moins me convaincre- de la justesse de votre opinion. Tout au contraire, vos propos portent à croire que vous réagissez sous le coup d’émotions mal contrôlées et de sentiments incongrus qui n’ont rien à voir avec la justification objective d’un tel arrêt. En ce sens, vous vous placez du côté des ultranationalistes-extrémistes dont la scandaleuse ferveur à l’appui de cette mesure inique et discriminatoire dessert l’objectivité.

Je me serais gardé de vous adresser cette correspondance n’était le juste redressement qu’il convient d’apporter à certaines de vos allégations et le désir de rétablir la véracité de certains faits historiques qui semblent vous échapper. Votre discours sonne creux, et par son ton agressif ressemble à une diatribe contre le peuple haïtien. Ainsi, vous suivez la voie de ceux qui ont écrit l’histoire de la plume de leurs rancœurs et de leurs désillusions. Ceux dont les récits bavent la médisance et la perfidie et qui voudraient couvrir du manteau de la honte la belle épopée de 1804 dont le peuple haïtien est si fier. C’est en guise de mise en garde à ces détracteurs de la nation haïtienne que le grand ethnologue haïtien, Dr. Jean Price Mars, eût à lancer, en introduction de son fabuleux essai sur les relations des deux Etats partageant l’île Kiskeya « La République d’Haïti et la République dominicaine », ce cri d’alerte : «Il n’y a peut-être pas dans l’histoire universelle un drame qui soit plus pathétique que celui que confronte le peuple haïtien. Pendant longtemps, son existence de communauté indépendante a été un paradoxe dans le monde et presque toujours un défi aux forces antagonistes qui l’ont combattue ouvertement ou sournoisement. » Destin lourd de conséquence qui bouleversa l’humanité, infléchit le cours de l’histoire et qui rétablit l’Homme dans sa dignité.

Sans vouloir minimiser votre savoir et mettre en cause votre compétence d’historien, il me plaît de vous rappeler que la liberté des Noirs a lui pour la première fois sous le ciel d’Ayiti. C’est le chemin tracé par Toussaint Louverture et Jean Jacques Dessalines, dignes fils de cette terre, qui a permis, par la suite, de libérer du joug du colonialisme espagnol maints pays latino-américains et d’ouvrir le monde aux idéaux de liberté et de progrès. Pour cette raison, certaines républiques nous sont encore reconnaissantes et savent bien le prouver. C’est cet exemple d’engagement et d’héroïsme qui a conduit les icônes telles que : le Mahatma Gandhi, le Pasteur Martin Luther King et l’avocat Nelson Mandela à parachever l’œuvre de leurs illustres devanciers, sous d’autres cieux. L’élection d’un président noir aux Etats –Unis d’Amérique est le symbole vivant de l’émancipation de la race noire grâce à ces hommes d’exception. Aujourd’hui, si votre profil de noir peut se balader sans contrainte aucune, en divers points du globe, cela revient au mérite des héros haïtiens. Ceci, vous devriez en être conscient et reconnaissant.

 Dans votre discours, l’idée d’opposer Jean-Jacques Dessalines à Nelson Mandela est absurde et ne saurait complaire qu’à ceux dont l’histoire n’est parvenue que sous de perfides travers. Histoire écrite par des hommes dont la stature et la réflexion n’ont jamais pu s’élever à la hauteur des grandes conquêtes de l’humanité. C’est cette tromperie au détriment de la vérité qui vous a valu une mésinterprétation de certains faits, au point que vous vous soyez embrouillé sur leur valeur symbolique. Cette posture n’est pas conforme à l’éthique de la profession d’enseignant que vous exercez.

Mal vous en prit de tenter de mettre dos à dos ces deux grandes figures de l’histoire universelle dont les mérites sont écrits en lettres d’or au panthéon de l’humanité. C’est dire que votre tentative de présenter Jean-Jacques Dessalines comme un barbare sanguinaire et Nelson Mandela comme un civilisé modéré est une supercherie qui ne peut passer chez les gens cultivés. D’autant plus, comme historien vous devriez savoir qu’il est hasardeux d’établir des parallèles entre des faits historiques, tout comme il est risqué de comparer leurs protagonistes. A chaque époque sa conjoncture. A chaque acteur ses moyens et ses méthodes. De sorte que Mandela ne saurait être Dessalines, et Dessalines ne saurait être Mandela.

Vous avez si bien campé la personnalité de Madiba qu’il n’y a rien à redire. Sinon que vous avez oublié de mentionner que son combat a eu plusieurs phases. Passant de la lutte armée à la résistance pacifique. Il a eu, aussi, l’intelligence de s’adapter à toutes les conjonctures.

Alors que pour Jean-Jacques Dessalines, que vous clouez au pilori, vous péchez par ignorance ou mauvaise foi. Vous errez, en obliquant volontairement son parcours héroïque. Vous le faites si bien que vous ne mentionnez même pas les contradictions d’époque et, surtout, ne faites nullement ressortir qu’aucune autre alternative ne lui était offerte, contrairement à Mandela. L’unique option restait la lutte armée jusqu'à la libération d’un peuple qui croupissait sous le joug infâme de l’esclavage depuis plus de trois siècles. Ce combat, il l’a mené avec courage et détermination, en voulant extirper radicalement le mal à la racine. Les exactions qu’on voudrait reprocher à ce héros haïtien se retrouvent dans tous les soulèvements révolutionnaires de ce type, lorsque les oppresseurs doivent rendre compte de leurs forfaits. Malgré cette tendance à recourir à la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent », en pareilles circonstances, bon nombre d’opposants à la cause révolutionnaire avaient échappé à la mort grâce à la clémence du commandant en chef de l’armée révolutionnaire haïtienne. Certains de ses adversaires se sont même retrouvés parmi ses plus proches collaborateurs. C’est dire que les sentiments racistes que vous voulez prêter à l’Empereur Jacques 1er sont dénués de fondement.

 En voulant dénoncer le caractère violent de Jean-Jacques Dessalines, vous faites ressortir la duplicité de votre personnalité. D’un côté, vous soulignez certains faits qui vous paraissent horribles et d’un autre côté, vous semblez ignorer certains autres qui, pourtant, ont entaché notre île du sang de milliers d’innocents. Tout lecteur intéressé à l’histoire pourrait se demander : Comment arrivez- vous à condamner les actes d’un révolutionnaire acculé par des ennemis irréductibles à se défendre, alors que vous ne dites mot du génocide commis, sans raison, par Christophe Colomb et ses acolytes sur la population autochtone de Kiskeya ? De même, comment parvenez-vous à passer sous silence le massacre perpétré par le dictateur dominicain Rafael Leonidas Trujillo y Molina en 1937 de plus de 20.000 braves travailleurs haïtiens sans défense ? Ainsi, deux des plus grands génocidaires de cette terre sont restés enfouis dans votre mémoire ?

Puisqu’il est question des rapports qui ont lié les deux parties de l’île, permettez-moi de rétablir la vérité de certains faits que vous avancez avec une surprenante désinvolture. Cette mise au point aura l’avantage de préserver l’objectivité historique, tout en vous permettant de rectifier, au bénéfice de vos étudiants, des données falsifiées. Je vous invite à prendre note.

En janvier 1802, un corps expéditionnaire de 7,000 hommes commandé par Toussaint Louverture, gouverneur-général de la colonie de Saint-Domingue, arriva à Santo-Domingo afin de prendre possession de cette partie du territoire qui avait été concédée à la France par l’Espagne en vertu du traité de Bâle (tratado de Basilea), signé en 1795. Il y pénétra pacifiquement et reçut des autorités établies les honneurs dus à son rang. Don Joaquín Garcia, maire de Santo-Domingo, lui remît les clés de la ville.

En 1805, l’empereur Jean-Jacques Dessalines réitéra cette même volonté en vertu de la Constitution haïtienne de 1805 qui établit l’unité de l’île. C’était dans la pure logique de conserver la souveraineté du nouvel Etat sur la totalité du territoire. Vu que le général français Ferrand et ses troupes s’étaient réfugiés de ce côté après la déroute, en novembre 1803, du corps expéditionnaire conduit par le général Leclerc. Stratégiquement cette entreprise permettait aux dirigeants haïtiens de contrôler le flanc oriental de l’île et de se prémunir contre un retour éventuel des Français

. En 1822, la population de l’Est avait exprimé sa volonté de s’unir au peuple haïtien, plutôt que de se retrouver sous la domination espagnole. Le président haïtien Jean-Pierre Boyer prit en considération cette demande et pénétra à Santo-Domingo le 9 février 1822, sous les acclamations d’une foule enthousiaste. Il reçût du maire Núñez de Cáceres les clés de la ville.

 De ces faits relatés, il ressort que les diverses interventions de l’armée haïtienne dans l’ancien territoire espagnol étaient tout à fait régulières et de plein droit, en vertu du traité de Bâle dont les clauses n’avaient jamais été dénoncées par aucun autre accord.

 Dans vos propos, vous avez jugé bon d’occulter un fait important dans les relations des deux Etats. Est-ce pour ne pas faire ressortir le sentiment de solidarité qu’a eu à manifester le peuple haïtien envers le peuple dominicain à un tournant critique son histoire ? À une époque où l’Espagne avait, sous l’instigation du général dominicain Pedro Santana, reconquis son ancienne colonie ? Quels que fussent vos motifs, souffrez que je vous rappelle les détails de cet évènement. Dès 1861, le président haïtien Fabre Nicolas Geffrard s’est investi corps et âme pour venir en aide aux révolutionnaires dominicains qui avaient entamé une lutte pour la reconquête de la liberté de leur pays. Lors de cette collaboration, il leur fournit armes, munitions, support logistique et matériel et même une position stratégique d’entraînement et de retrait sur le territoire haïtien. De plus, la diplomatie haïtienne s’est révélée des plus actives et des plus efficaces en faveur des révolutionnaires dominicains. C’est ainsi que s’effectua ce que vous appelez : La seconde indépendance.

Les relations entre Etats se déroulent toujours dans des rapports très complexes, tenant compte des intérêts économiques et politiques qui les touchent. Elles deviennent encore plus complexes, lorsqu’elles s’établissent entre États limitrophes. Que dire alors, lorsqu’elles mettent en cause deux nations qui se partagent un territoire insulaire de quelque 76,480.00 Km2, pour une population globale d’environ vingt millions d’habitants ? Deux peuples qui se distinguent sur divers plans : culturel, ethnique, sociologique. D’où la divergence qui a souvent marqué ces deux entités indépendantes de l’île Kiskeya. Aux élites dirigeant ces deux nations de faire preuve d’intelligence afin de créer les conditions nécessaires à l’établissement d’un climat de paix favorable au développement des deux communautés condamnées à vivre pour l’éternité sur cette parcelle de terre.

Il est déplorable de constater que cette mission, qui devrait être menée par des dirigeants responsables des deux bords de la frontière, se trouve toujours contrariée par l’esprit pervers de certains politiciens et hommes d’affaire avides de pouvoir et qui n’ont pour seul objectif que de garantir leurs intérêts personnels ou de certains intellectuels en mal d’identité. D’où l’application de cette mesure inique qui ne cadre nullement avec les principes universels des droits de l’homme et qui s’oppose à des conventions internationales signées par l’Etat dominicain. C’est cette déviance aux normes reconnues de par le monde qui vaut à votre pays la condamnation unanime de toutes les instances internationales des droits de l’homme, de la CARICOM, de l’Union européenne et de la commission interaméricaine des droits de l’homme. Il est regrettable que vous n’ayez pas pu faire l’analyse qui sied à tout homme lucide dépouillé de tout esprit partisan. Votre qualité d’historien aurait dû vous en prémunir.

Dans un pays où le Noir devient « Indio » pour renier ses origines et ses racines en cherchant à gommer sa couleur, craignez d’être victime des mêmes humiliations que subissent vos compatriotes à la peau d’ébène, ainsi que vos congénères haïtiens. Prenez garde, car les mesures racistes de ce type ont déjà frappé, chez vous, des personnalités qu’on croyait à l’abri de tels affronts. L’exemple le plus frappant demeure le complot perpétré contre le grand leader José Francisco Peña Gómez, pour l’empêcher de parvenir au pouvoir.

Craignez que le cri de ces déshérités ne vous enferme dans l’antre du diable.

Ne vous méprenez pas sur la vaillance du peuple haïtien. Il a tellement versé de son sang pour porter assistance aux peuples opprimés qu’il en est sorti affaibli. Cependant ses ressources fécondes et inépuisables lui permettront d’étonner encore le monde.

Ps : Tout comme je me suis employé à prendre connaissance de votre article dans votre langue, je souhaite que vous ayez l’obligeance de vous soumettre au même exercice dans la mienne.

Robert Paret

paretrobert@yahoo.fr Pétion-ville, le 7 janvier 2014

 

  1.  

Commenter cet article

Michaelle 16/03/2014 22:39

Bien dit Bob. Je souhaite que ce monsieur en prenne lecture.

Nelyne 14/01/2014 12:15

Nelyne

Franckline 14/01/2014 16:26

Wow! Comme dirait notre empereur,"Apres votre response Mr. PARET si l'autre ne se revolte pas, c'est qu'il n,est pas un homme."

MR ROBERT PARET 14/01/2014 01:40

ALA YOU BATON OU FOUT PWOFESE A<MALEREZMAN LI PA AN ESPAYOL POU ETIDYAN DOMINIKEN TE KA WE ENKOMPETANS ISTORYEN SA E IYORANS LI,E SI PWOFESE A TE GENTAN LI LIV ANBASADE AYISYEN KI CUBA MR GENEUS <SOU RELASYON PLIS PIL SOLIDARITE AYISYEN FE AK REVOLUSYONE DOMINIKEN KI DI YO PA KONN SA YO TA BAY POU 2PEP SA YO VIV ANSANM POU SA AYISYEN FE POU YO LO SA PWOFESE A TA SEZI DEKOUVRI VERITE LISTWA LAKAY LI LI PA KONNEN. ANTOUKA REPONS OU A TA DWE PUBLYE NAN TOUT LEKOL UNIVESITE E NAN TOUT SIT AN AMERIK LATINN E KARAYIB OU LE MONDE ANTYE NAN TOUT LANG POU PWOFESE SA SUSPANN REPETE BETIZ, FOK LI TA AL JETE YOU KOTDEY SOU YOU DISKOU FREDERICK DOUGLAS TE PWONONSE CALIFONI NAN YOU FOIR AYITI TE PATISIPE AN 1893 KOTE LI DI TOUT SA NOU WE KAP FET NAN LE MOND LA SE GRAS AK AYITI ALOS POUL PA BLYE JANW DIL LA <SIL AP MACHE PLIZYE KOTE NAN LE MONDE ANBASADE AMERIKEN SA KI SE YOU NWA PAREY LI DIL NAN DISKOU SA AN 1893 SE GRAS A ANPIRE AYISYEN SA KE DESSALINN TE KANPE FAS A ZOT E SE GRAS A PETET GRAN PAPAL KI KAB YOU AYISYEN TOU<ALOS NOU KONPRANN GRANMESI CHEN SE KOUT BATON

fanm pucelle 14/01/2014 06:35

ou bat tambou a epi ou dansel anko met Pare ou pare pouw pare so dominiken an